Don't cry for me

Photographie Guyo 1011. Bizioli. Buenos Aires. Mon père possédait des entrepôts gigantesques dans le quartier de la Boca. Il était le premier exportateur du pays en graines pour canaris. Nous nageions dans l’alpiste, l’avoine émondée, le chènevis, et le niger. A la maison nous testions en permanence l’alimentation du Malinois Waterslger, du Harzer Roller ou du Timbrado. Les roulades de tous ces volatiles nous empêchaient de dormir. Pour fêter ses premières 10 000 tonnes vendues il nous a offert une photo de grand luxe chez un professionnel. L’artiste nous a habillé en conséquence. Puis nous sommes montés sur un magnifique cheval à carriole consolidé par une barre centrale. Mon appétit d’oiseau cachait de hautes ambitions. J’étais passionnée de tango. Je fréquentais les milongas. J’y ai dansé avec Aristote Onassis qui, à l’époque, connaissait ses premiers succès d’affaires en espionnant les conversations sur son poste d’opérateur téléphonique. Je n’ai pu l’accrocher mais j’ai épousé un payador et sa guitare. Avec lui j’ai parcouru la pampa d'une estancia à l'autre en chantant des airs nostalgiques. Maintenant j’en ai marre du cheval et de la liberté ! Alejandra